BIO 14 -1944
Et les flashes de guerre continuent:
La fin de la guerre approche, le débarquement a eu lieu mais nous sommes toujours "occupés" par les allemands car les troupes alliées ne sont pas encore arrivées en Belgique. Je loge chez une amie de ma mère, à Souverain-Wandre, à nouveau. Une chambre de sa maison est occupée par un officier allemand et par son ordonnance. Tous les jours, ma mère va discuter avec lui, dans son petit bureau, en lui montrant sur une carte d' Etat- Major épinglée au mur, l'avance des alliés "débarqués", que le Schleu conteste avec énergie. Ils n'arrêtent pas de déplacer, à tour de rôle, les épingles à têtes de couleurs, sur la carte, exprimant ainsi leurs désaccords sur les positions respectives des alliés et des allemands.
Il y a aussi mes souvenirs au Conservatoire de Liège où nous allons tous les dimanche, ma mère et moi. Ma mère va y retrouver Charles, un amoureux transi. Il est fou d'elle et elle le tient à sa botte! Moi, je me tire au balcon tout au-dessus de la salle, seul dans une loge et je joue imaginairement du violon en même temps que l'orchestre, en surplombant la salle (déjà le sens du show), croisant un de mes bras sur l'autre. Et pas une fausse note ! Chaque dimanche, tout le monde me regarde et on m'appelle " le petit garçon au violon ". A l'entracte je descends et là, le beau Charles aux noirs yeux de velours, s'approche de moi, avec une main dans le dos; son bras se déplie et sa main me tend une orange (une vraie pas une bleue) Pour séduire la mère, il faut séduire le fils. Il a tout compris le beau Charles, d'autant plus que la voie est libre puisque je n'ai pas de père!
En 1945, j'ai une revanche sur mon grand'père, celui qui ne m'entend ni ne m'écoute. A l'époque des V1 (Pour rappel "les bombes volantes de Von Braun", envoyées depuis Berlin par les allemands en déroute et qui vont peut-être changer le cours de la fin de la guerre ). Les américains sont à Liège et continuent leur progression en Allemagne. Toute la famille, oncles, tantes, cousins et cousines, sont venus s'installer dans les immenses caves du Quai Mativa car celles-ci sont renforcées par des piliers solides. Matelas par terre, tout le monde vivait dans ces caves car les alertes étaient continuelles. Moi je servais d'avertisseur car j'avais l'ouïe fine et chaque fois qu'un V1 se pointait à l'horizon, je l'entendais et faisais descendre tout le monde. Un jour cependant, mon grand-père qui écoutait la radio dans la salle à manger, refusa de descendre alors que je venais l'avertir. Je suis donc redescendu sans lui et cinq minutes plus tard, une explosion énorme et nous nous sommes tous retrouvés, recouverts de plâtre, tous à "plâtre-ventre". Le V1 était ombé en face de chez nous, sur l'autre rive (Quai de Rome). Quant à mon grand'père, je suis allé le voir tout de suite. Il était tout blanc de platras, il était aussi blanc que moi, géant fixé sur son tabouret, entre les deux portes vitrées abattues aussi sec et tous carreaux soufflés. Lorsque nous nous sommes aplatis en famille et avons senti les plafonds s'écrouler sur nous, nous avons pensé que la maison s'écroulait, que le V1 était tombé sur le toit, et que nous allions être complètement ensevelis sous les décombres. Mais personnellement, je ne ressentais aucune peur. Je vivais celà comme un jeu


