Bio 10 Souverain-Wandre -Dom Hilaire -Simenon
Recevoir 'le petit Jesus dans son coeur"?. C'est la phrase utilisée par ma mère, à la veille de ma communion privée. Ah bon ? En fermant les yeux, en ouvrant la bouche et en sortant la langue. Et en plus, ça n'a aucun goût ce machin là. Totalement insipide ! Rien d'autre, de plus excitant à me proposer? Qu'est-ce que ce ballet de femmes frustrées et dés lors mystiques? On n'est pas en 1914, on est en 1940 ! En principe les hommes ont été démobilisés, surtout les bourgeois. Et pourtant je ne les vois pas. Alors à quoi jouez-vous les femmes??
Un jour, toujours sur son vélo, ma mère m'emmène à Souverain-Wandre, chez une amie qui a un fils, qui a environ une dizaine d'années et qui veut devenir Curé plutôt que de commencer à vivre. On lui aménagé une pièce, transformée en chapelle, dans laquelle, il nous "dit la Messe", déguisé en petit prêtre, tous accessoires compris, étole, burettes, encensoir et autres patènes, bref du grand spectacle. Un vrai petit show pour trois spectateurs agenouillés: sa mère, ma mère et moi. Je suis bel et bien dans un monde de malades mais je ne le sais pas encore! Il est clair que l'on me présentait l'ami exemplaire, la voie à suivre, mais après la messe, sa messe, aucun contact ne s'est établi entre ce garçon et moi. Heureusement !
Vingt trois ans plus tard, en 1956, j'allais sortir d'une Rhétorique Jésuitique où dix élèves sur vingt-trois, parmi mes condisciples, allaient devenir curés, jésuites, dominicains, missionnaires, mais là, j'avais compris et avais cessé d'aller à la messe et à confesse !
De toutes ces années d'occupation, je n'ai gardé que des "flashes".
Il y a d'abord, ma soeur, Danièle, qui a un an et demi de moins que moi, (née en juin 1939), à qui j'apprends ses premiers mots dans les escaliers de la maison du Quai Mativa. Et aussi des vacances de guerre avec elle, dans une ferme de Hockay, (campagne liégeoise) où nous nous roulions dans les meules de foins, sacré défoulement pour des petits citadins. Des images de Jeux Interdits, où nous incarnions , avant la lettre, Brigitte Fossey et Georges Poujouly. On s'entendait à merveille et on rigolait tout le temps
Je me souviens aussi de ma détestation des peaux, dans mon lait chaud, (on me forçait à les manger), que je finissais à ingurgiter, à force de menaces, ce qui m'amenait à crier, en fin de course, pour avoir la paix "J'ai avalé mes peaux" !
Même comédie avec la viande (celle du "marché noir") que l'on me force à avaler; des comédies à n'en plus finir, à chaque repas, car j'emmagasine les morceaux dans ma bouche, mais refuse de les avaler . Alors pour me punir, on m'enferme dans une chambre, avec mon assiette à terminer. Mais un jour je suis pris en flagrant délit par mon jeune oncle, qui recule le divan sur lequel je suis couché; j'ai recraché toute ma viande derrière le lit. Ni lait ni viande, ni père ni mère!!!
Pendant tout ce temps, pas d'école. J'ai connu l'école pour la première fois, lors de ma troisième année primaire, en 1946, chez les Soeurs de Sainte-Véronique à Liège, des religieuses comme de bien entendu. Ma première année scolaire, je l'ai vécue avec ma mère qui était mon institutrice de fait, sous le contrôle d'une frebelienne attitrée, car ma mère n'était en rien attitrée, mais elle adorait enseigner, on s'en doute, à pouvoir imprégner, envahir, asservir tous ceux qui l'entouraient
Elle nous donnait donc des cours, à ma cousine Béatrice et à moi, sous l'égide du couvent des religieuses de Jupille, dont ma Tante Loulou Duesberg, plus austère que cela, tu meurs, était la "Mère supérieure attitrée". Oui, c'était la soeur de mon grand-père Jules Duesberg, le mécréant, qui avait un autre frère religieux, mon Oncle Emile, Bénédictin à l'Abbaye de Maredsous et exégète biblique, (auteur notamment des "Scribes inspirés") et plus tard ami de Simenon. Dom Hilaire Duesberg (1888-1969), décédé à Maredsous. Elu à l'Académie royale de langue et de littérature française en 1952, frère de Jules Duesberg, cousin germain d'Henri et de Maurice Pirenne...Il faut s'y retrouver
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