BIO 16 1945 Retour de mon père (suite)
Hélas mon père est mort en 1989 et il est trop tard pour que j'aille lui demander de me raconter tout cela sous un angle différent de celui de mon oncle, qui, lui, était persuadé que j'allais m'indigner avec lui. Et bien sûr c'est le bide ! Mais grâce à mon oncle Lucien, je vais comprendre pourquoi mon père a eu tellement de mal à retrouver une place en Belgique à son retour. Il est maudit de par son carnet militaire, tout médecin qu'il soit. Je comprends aussi pourquoi, à table, Quai Mativa, lorsque nous nous retrouvons a quatre (et non à cinq) avec mes grands parents, l'ambiance est glaciale alors qu'on devrait fêter son retour après cinq ans d'absence. Famille royaliste, mais tout de même, soyons sérieux, Leopold III, c'était mieux ??? Cinq ans plus tard il devait abdiquer lors de la fameuse affaire royale. Mais peut-être il y avait-il d'autres raisons à cet accueil glacial?? Toujours est-il que moi je ne comprends rien à l'attitude de ..ces adultes. Une soeur qu'on enferme, un mois avant le retour de mon père et un père que l'on accueille dans un silence de mort après cinq ans d'absence; il faut revenir à mon dessin de cette table de la salle à manger avec un siège vide. Cette fois le siège est enfin occupé mais personne ne semble s'en réjouir!
Mon père repartira le lendemain car faisant partie de l'armée anglaise, il restera encore mobilisé pendant plusieurs mois et il sera caserné en Normandie à Bayeux. Ma mère et moi partirons à la Côte belge au mois d'août, au Coq sur Mer et il viendra nous voir quelque fois.(voir photo ci-dessous) Entretemps je suis devenu un enfant seul; je n'ai plus la possibilité de faire bloc avec ma petite soeur. Le retour de mon père ne va pas être facile car pour moi, c'est un étranger absolu. Je n'ai aucun souvenir de l'avant-guerre. En plus, je vais le ressentir comme un rival. Je suis fusionnellement attaché à ma mère qui a tout fait pour cela et cet inconnu va venir prendre ma place privilégiée d'enfant devenu unique.
C'est alors que je vais "tomber malade" comme on dit, en automne 1945, histoire, c'est classique, de ramener l'attention sur moi. Une broncho-pneumonie, qui va m'emmener jusquà 42,5° de température. Je suis soigné au quai Mativa, par un certain Docteur Massart, qui m'aurait sauvé la vie. Détail amusant ce toubib a un hobby, la peinture et je le reverrai exposer au Cercle Royal des Beaux-Arts, fin des années 50.
Je vais rester alité, dans un état quasi-comateux pendant 6 semaines et puis un beau matin, plus rien. Miracle à Lourdes! je n'ai aucun souvenir de mon père durant cette période, ignore même s'il est démobilisé. Il est tout simplement absent comme avant! Ou alors est-il rentré à Gand plutôt que de vivre dans une belle famille hostile! Manifestement il y a de l'eau dans le gaz, dans le couple. Il y a peu de temps, j'ai appris par une cousine qui le tenait de sa mère qui était la soeur de mon père, que mon père avait une liaison avec une anglaise à Londres, et qu'il ne serait revenu, que pour ne pas abandonner ses deux enfants. Mon père a toujours parlé avec enthousiasme de l'Angleterre, qui était devenue sa vraie patrie; il parlait couramment l'anglais. En plus, il avait appris beaucoup de choses au niveau de son métier de chirurgien, les anglais étant nettement en avance dans le domaine de la chirurgie orthopédique. Aujourd'hui, je me dis : "que n'est-il resté là-bas, il aurait été bien plus heureux!".
Suite à ma broncho-pneumonie, ma mère et moi allons partir en Haute-Savoie au début de l' année 1946, "prendre la montagne" comme on disait depuis Thomas Mann (La montagne magique) et Paul Gadenne (Siloë)




